Histoire

© Simiane Demain

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Regards d'autrefois
sur Simiane

Personnellement, je suis toujours curieuse de savoir comment nos aïeux vivaient et, si possible, ce qu'ils pensaient.

Il faut vous avouer que me plonger dans les livres et journaux anciens me passionne. J'ai mes habitudes dans les bibliothèques et j'ai déterminé de nouvelles sources avec Internet, tout en sachant parfaitement qu'il nous faut rester d'une prudence extrême en dépouillant ce qu'on peut y découvrir, à toujours vérifier soigneusement.

Oh ! certes, de la commune il n'est pas facile de retrouver des traces dans le passé, du moins des traces nombreuses et consistantes : un peu à l'écart géographiquement, avec un nombre d'habitants relativement faible (1 071 habitants au début du XXe s.), qui n'a pas été le village natal de personnalités très connues, exception faite de Jean-Baptiste Penon ou encore, plus tard, de Léon Masson, par exemple.

Malgré ses " handicaps " antérieurs, qui, présentent cependant des avantages, ne serait-ce que pour notre tranquillité, les choses ne manqueront pas d'évoluer.

A notre époque, on ne vit plus en vase quasiment clos, bien au contraire...

Mais, revenons une centaine d'années en arrière, voire plus, si vous le voulez bien. Tenez, tout récemment, j'ai feuilleté des exemplaires d'une collection de La Provence artistique et pittoresque. Si la commune n'est pas souvent citée, elle n'est tout de même pas oubliée. A quelle occasion ?

Eh bien, par exemple, je vous propose de découvrir ce qu'on pouvait lire en 1883. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que les textes sont le plus souvent illustrés de gravures. Malheureusement, leur ancienneté fait que les reproductions ne sont guère excellentes. Cela vaut toutefois la peine de les reprendre.

Ceux que le passé de la commune passionne n'apprendront certes pas grand-chose. D'autre part, pour dire vrai, le regard extérieur a-t-il changé au-jourd'hui ?

C'était d'abord à propos de " la " tour.

« La chaîne de l'Etoile étend sur son versant nord de nombreuses ramifications, c'est au pied et à la fin d'un de ses contreforts que se trouve le village de Simiane.

Au Moyen Age la population était agglomérée sur deux points, à Venel et à Roques, qui subsistent encore à l'état de hameaux. Peu à peu, il se forma dans le lieu plus accessible de Collongue un petit village qui prit peu à peu une plus grande importance ; vers le XVe siècle on y bâtit une église. Cette église devint une cure vers 1600. La terre de Collongue qui avait été inféodée par le roi René, fut érigée en marquisat par lettres patentes de 1684, en faveur de l'illustre maison de Simiane, et dans les Etats de 1689, il fut délibéré que le nom de Simiane serait substitué à celui de Collongue dans le nouvel affouagement. Le nom de Collongue fut rétabli au commencement de la Révolution, mais la commune demanda elle-même à reprendre le nom de Simiane. »

Arrêtons-nous un instant sur le mot affouagement que, vous aurez sûrement relevé.

J'avoue n'avoir pas pu savoir si l'affouage, droit de prendre du bois de chauffage et de construction dans une forêt communale, est appliqué de nos jours à Simiane, du moins tel qu'on le pratiquait autrefois et du fait que les zones boisées dépendant de la commune sont proportionnellement réduites. De quoi s'agissait-il ?

Affouager consistait à dresser la liste des habitants qui ont droit à l'affouage et à déterminer dans une forêt les coupes réservées à cet effet.

On peut supposer qu'aujourd'hui la commune récupère totalement le bois susceptible d'être disponible pour le chauffage des bâtiments publics ?

La Provence artistique et pittoresque, rappelait aussi

« ... ce que dit, au sujet de la tour qui domine Simiane, la Statistique des Bouches-du-Rhône, ouvrage savant et complet où ont abondamment puisé tous ceux qui ont écrit sur notre département. On sait que la Statistique des Bouches-du-Rhône est l'ouvrage de M. de Villeneuve, ancien préfet de notre département.

« Au-dessus du village, à gauche en remontant le ruisseau, est une vieille tour d'une " forme très singulière ; elle est pentagone en dehors et carrée au-dedans. On y entre par " une petite porte qui est percée à deux mètres au-dessus de sa base et où l'on arrive par un escalier extérieur. Au dedans on trouve une pièce carrée surmontée d'une voûte. Sa construction paraît être du 13e siècle. Elle a dû servir de vigie, et elle est admirablement bien placée pour cela ; car on aperçoit de là toute la vallée de Gardanne, le village d'Albertas (Bouc) et même la ville d'Aix.

« Pour isoler cette tour, on a fait une tranchée dans la montagne, de manière que le rocher de sa base est taillé à pic. Au-dessous de la tour est un ermitage avec sa chapelle, d'où on descend à l'église paroissiale par une pente fort raide. La montagne où est la tour est fort curieuse en ce qu'elle est composée d'un calcaire argileux que les eaux pluviales rendent lisse et luisant comme un miroir.

« (...) Le point de vue est des plus satisfaisants mais on ne peut regarder au-dessous sans un mouvement de frayeur, telle-ment l'escarpement est brusque et profond.

Simiane compte près de 200 maisons et environ 1 050 habitants. Le ruisseau de Venel descendu des gorges et vallons, s'ouvrant au nord et, à la base du Pilon-du-Roi, passe près du village, arrose les prairies du château de Simiane et va former le ruisseau de la Jouine ou du Grand Vallat qui se jette dans l'Arc, près de Roquefavour. ».

Ce nom de Jouine ne vous est peut-être pas familier. D'après Jacques Cascou (1990), ancien directeur de recherche au CNRS, le « ruisseau formé de deux autres, la Grande et la Petite Jouine, venus l'un de Bouc, l'autre de Cabriès (...) à l'époque romaine formait (...) la limite entre les territoires d'Aix et d'Arles » .

Quant au Pilon, ou plutôt " le Pilon du Rouet ", voici ce qu'on en disait, toujours en 1883.

« Ce gigantesque pilier de pierre qui se dresse comme une dent au milieu de la chaîne de l'Etoile change d'aspect selon qu'on le voit de tel ou tel village ; mais vu de n'importe où, il mérite cependant le nom que le peu poétique, mais très exact bon sens populaire lui a donné. (...)

On peut grimper non sans beaucoup de peine au sommet de ce menhir naturel, qui n'est point aussi abrupt de près qu'il le parait de loin. Du haut de cet observatoire, mal commode, élevé de 710 mètres au-dessus de la mer qui n'est pas éloignée de plus de dix kilomètres, on domine une immense étendue de pays... »

Pour conclure, je souhaite que cette lecture vous donne envie, aux beaux jours, d'escalader nos collines, quand c'est permis, jusqu'au Pilon. Renseignez-vous auprès de l'office de tourisme au sujet des promenades accompagnées et commentées qu'il peut proposer.

Claude Jurienne


 
 

" ...Un dessin d'après une aquarelle de M. de Bec, artiste de beaucoup de talent. Ce dessin très fidèle représente le village de Simiane et la tour qui domine ce village. "

(La Provence artistique et pittoresque, 1883)
 
 
 
 
 
 
 
 

"Le Pilon du Rouet " que l'on appelle vulgairement le Pilon du Roi ", vu de Notre-Dame des Anges (Dessin de M.E. Thieux)"


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