Histoire

© Simiane Demain

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Histoire de la paroisse de Simiane

Caudue Longa

Voici une " Histoire ", que je viens de découvrir. Elle date de 1890.

Elle complète ce que j'avais déjà pu lire sur la commune, au total assez maigre. Pensant qu'elle est susceptible de vous intéresser, je m'empresse de vous la faire partager. Il s'agit ici d'un extrait de Les paroisses du diocèse d'Aix. Leurs souvenirs et leurs monuments * par l'abbé Constantin, vicaire à Saint-Rémy.

C. J.

Venel

Le territoire de Bouc, s'étendant jadis jusqu'à la crête des monts de l'Etoile, comprenait la paroisse de Simiane. Ces montagnes sont restées longtemps couvertes de bois, mais les bas-fonds et les coteaux plus accessibles avaient été conquis à la culture dès l'époque romaine.

Au temps des invasions, quand la population éparse sentit le besoin de s'abriter sous les châteaux-forts, elle fonda, au pied du Pilon du Roi, les hameaux fortifiés de Venel, au nord, et celui de Roques, au couchant.

Ce dernier fut abandonné de bonne heure à cause de sa position abrupte, et ses habitants se réunirent à ceux de Venel, où se maintint la paroisse commune.

Cette église de Venel, aujourd'hui ruinée, avait été donnée à l'abbaye de Montmajour, le 20 mars 973, par le seigneur Rambert et sa femme Wilitrude, ainsi que Saint-Pierre de Collongue, " ecclesias s. Mariae et s. Petri, in territorio castri de Bucco, in valle quae vocatur Venellis. "

Sainte Marie-Madeleine

En des actes postérieurs, sainte Marie est remplacée par sainte Marie-Madeleine, à moins que le nom de Marie sans plus ait été mis à l'origine pour celui de la sainte pénitente.

Cet ancien vocable peut être invoqué comme un argument en faveur de la tradition qui attribue à sainte Madeleine un séjour à N.-D. des Anges. Plus probablement faut-il penser que le vocable de la chapelle a donné naissance à la légende. La liste de 1098 contient " ecclesia parochialis de Venel ". Le château et le hameau furent saccagés durant les guerres de religion. De l'église, il ne restait en 1705 que quelques vestiges de fonts baptismaux et les traces d'un ancien cimetière.

C'est donc au XVIe s. que les habitants désertèrent Venel, pour se fixer la plupart à Collongue, à l'entrée de la vallée. Mais, la période orageuse passée, ils revinrent à leurs champs abandonnés et relevèrent leurs demeures. On installa le culte dans une très ancienne chapelle qui se trouve dans le vallon, non loin du vieux Venel.

Saint-Germain

Cette chapelle, dédiée à saint Germain d'Auxerre, est mentionnée dans un acte de 1056, et dans la bulle de 1135 " ecclesia sti Germani de Venel ".

Le prieur, qui s'était fixé à Collongue et qui, sans cesser de percevoir la dîme de Venel, jouissait des avantages d'un secondaire dans sa nouvelle rési-dence, se fit tirer l'oreille pour remonter à son prieuré.

Il s'engagea pourtant, par une convention du 4 février 1677, à dire la messe à Saint-Germain " entre les deux croix ", c'est-dire du 3 mai au 14 septembre. C'était insuffisant.

On demanda bientôt à l'archevêque d'obliger le prieur à dire la messe les dimanches et fêtes, toute l'année, à adminis-trer les sacrements " aux habitants des bastides de l'ancien Venel ", réservant les baptêmes, les mariages et les pâques à l'église de Simiane, qui demeurait seule paroissiale, celle de Venel n'ayant que le titre d'annexe.

La requête, datée du 17 mai 1705, était signée des maire et consuls de Simiane, et appuyée d'une consultation rédigée par l'avocat Decormis.

Primitivement, les revenus du prieur de Saint-Germain se composaient de 45 charges de blé, 50 livres d'argent, plus le logement.

" Le décimateur particulier de ce quartier, dit Achard, qui est aujourd'hui le secrétaire de l'arçhevêché d'Aix, y entretient un prêtre pour exercer les fonctions curiales. " A ce moment, l'ancien prieuré de Sainte-Madeleine, " prieuré à simple tonsure par la désertion des habitants ", possédait encore 260 livres de revenu, et 100 celui de Saint-Germain.

Saint-Germain existe encore, mais les réparations lui ont fait perdre son caractère architectural. On y monte pour la solennité de saint Germain (dimanche après le 31 juillet) qui, depuis l'union des deux pays est devenu le patron de Simiane. La messe dite, on amène en procession au village la statue du saint, qui fut un grand chasseur avant sa conversion. C'est pourquoi les chasseurs du village, embusqués à tous les coins de rue, saluent par les détonations de fusils la statue à son passage.

Pauline

La paroisse de Collongue ne remonte pas à une moins haute antiquité que les églises de Sainte-Madeleine et de Saint-Germain. Après la mention de 973, on trouve dans la liste de 1098 : " ecclesiam parochialem de Caudo Longa ", dans la bulle de 1135 : " ecclesiam parochialem sti Petri de Caudo Longa ".

Nous ne savons comment Montmajour, qui la possédait d'abord, s'en était dessaisi. Toujours est-il qu'en 1032, Archimbert et sa femme Magemburge firent cession à l'abbaye de Saint-Victor. C'était alors un prieuré dépendant de celui de Bouc : Collongue fut en effet longtemps succursale de la cure de Bouc. Son vicaire assista au synode de 1421. En 1600 seulement, eut lieu l'érection en paroisse autonome.

On a vu comment l'abandon de l'ancien Venel augmenta l'importance de Collongue tant au temporel qu'au spirituel.

Cette union des deux pays fit appeler la paroisse " Collongue et Venel ", nom qui fut remplacé par celui de Simiane-lès-Âix, en 1684, lorsque la famille de Clapiers-Collongue vendit le château au marquis de Simiane, futur mari de Pauline de Grignan, petite-fille de Mme de Sévigné (1).

Deux précieuses découvertes épistolaires ont rendu célèbre ce château, celle d'une liasse de lettres de Mme de Sévigné à Mme de Grignan, et celle d'une partie de la correspondance du roi René, composée de 290 pièces.

Serments et clause restrictive

Joseph Ignace de Foresta-Collongue fut évêque d'Apt, de 1695 à 1722. Il fonda le séminaire de cette ville et mourut, retiré à Marseille où il avait été vicaire général, en 1736.

Une loi de l'assemblée nationale prescrivit à tous les prêtres de prêter serment à la constitution civile du clergé. On discuta longtemps, le pape ne s'étant pas encore prononcé, si ce serment était licite. On alléguait pour l'affirmative la sanction donnée à la loi par un prince religieux comme Louis XIV, sur l'avis des deux évêques de son conseil : d'autre part, les tendances schismatiques des promoteurs de la loi n'étaient pas assez déguisées pour échapper aux esprits clairvoyants.

Plusieurs refusèrent absolument de prêter le serment ; quelques-uns s'y soumirent sans restriction, ne voyant dans la loi que les avantages matériels promis au clergé du second ordre, généralement déshérité jusqu'alors.

La plupart, en le prêtant, cherchèrent à calmer les inquiétudes de leur conscience par des réserves significatives.

Ainsi, à Simiane, le curé Darbès et son vicaire Marrot, à l'issue de la messe, devant le peuple et le conseil de la commune assemblés à l'église, jurèrent fidélité à la nation, à la loi et au roi, " de maintenir de tout leur pouvoir en tout ce qui est de l'ordre politique la constitution décrétée par l'assemblée et sanctionnée par le roi ", mais ils déclarèrent " excepter formellement les objets qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle ", le 30 janvier 1794.

Le 13 février, en la chapelle de Venel, le prieur Chaudoin prêta le même serment, sauf la clause restrictive : " sans manquer à ce que je dois à mon Dieu et à ma religion ".

Le curé voisin, de Mimet, M. Brachet, en avait fait autant, " sauf ce qui pourrait être contraire à ma conscience sacerdotale ".

Simon Mihière, né Simiane en 1822, partit en 1848 pour les missions de Chine. II évangélisa le Kouy-Tchéou, où il mourut en 1878 de la mort des martyrs, s'il est vrai qu'avec son évêque Mgr Faurie, il ait été empoisonné par les mandarins, en haine de la foi qu'il prêchait.

Saint-Pierre

Simiane, paroisse de l'archiprêtré d'Aix, avec 800 hab., avait un curé, nommé par le chapitre de Saint-Victor, prieur-décimateur, et un vicaire.

Le curé percevait 570 livres, y compris !a congrue. Avec les consuls et deux notables, il administrait le bureau de charité. Actuellement 870 hab., un curé desservant. Archidiaconé d'Aix, doyenné de Gardanne.

L'église est dédiée à saint Pierre, spacieuse et d'un bel aspect. Commencée en 1788, achevée en 1803. Elle a été bâtie sur l'emplacement d'une autre qui elle-même avait succédé à la petite chapelle Saint-Pierre. Restaurée en 1875.

La commune emprunta 34 200 livres pour la construction. Elle demanda aussi au chapitre noble de Saint-Victor, en sa qualité du prieur-décimateur, une subvention de 10 000 livres et une cloche neuve. Cette demande ne put aboutir. Quand elle fut présentée, le chapitre ne possédait plus rien depuis quelques jours, grâce aux décrets de l'assemblée nationale.

La commune dut tout payer et même 18 000 livres en sus du devis primitif, dépense que l'architecte Vallier engagea, malgré l'intendant de Provence, en ouvrages non prévus. C'est, paraît-il, un vieux mal des architectes.

La cloche date de 1654.

L'artillerie contre Quolongue

Au-dessous de la tour à signaux pentagonale qui domine le village et la plaine, chapelle romane Saint-Pierre, d'où l'on descend à l'église par une pente rapide. C'est celle mentionnée dans l'acte de 973. Par sa position escarpée et ses dimensions réduites, elle donne une idée exacte des églises de castrum. Ce castrum a droit à une mention dans notre histoire.

C'est contre ses murailles que l'artillerie fut employée pour la première fois : " Les Marseillais, dit Ruffi, employèrent au siège de Quolongue un instrument de guerre appelé bombarde qu'on chargeait avec de la poudre. " C'était en 1385.

Cette guerre (celle de Marie de Blois contre les partisans de Charles de Duras), était à la fois politique et religieuse. Avec le château de Collongue, c'était la cause du pape de Rome qui succombait. Cette chapelle sert aux pénitents, et renferme une curieuse statue, marbre, de sainte Elisabeth.

Outre les églises Sainte-Madeleine, et Saint-Germain, dont nous avons parlé, il y avait Saint-Jean de Siège, aujourd'hui bergerie.

En 1030, " ecclesia sti Johannis in valle Venellis ad castrum Boccum " est donnée à Saint-Victor. " Ecclesia sti Johannis de Segia " est confirmée à Saint-Victor dans la bulle de 1135.

Cette chapelle était unie à la mense conventuelle de l'abbaye. Son prieur assista au synode de 1424. L'État du diocèse, de 1728, dit à son sujet : " Elle s'appelait " chapelle de Marseille ", à cause d'un prieuré régulier (de Saint-Victor) qui y était attaché : elle est abandonnée depuis longemps. "

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1) Le nom de Collongue a été repris de 1790 à 1814. - Nous n'avons point fait usage pour rédiger cette notice de diverses chartes du XIe s. que les éditeurs du Cartulaire de Saint-Victor attribuent à Collongue près Bouc, mais que la lecture du texte montre se rapporter à un autre Collongue, près Tourves.

* A. Makaire, imprimeur de l'archevêché, 2, rue Thiers. 1890.
 
 


 






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