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Notre sous-sol

La galerie de la Mer

par Jean Tribotté
 

À plusieurs reprises, lors de mes parcours de la chaîne de l'Étoile, sur le territoire de la commune, j'ai attiré votre attention sur l'existence souterraine de la Galerie de la mer. La connaissez-vous ?

 

Ernest Biver

A la fin du XIXe siècle, les charbonnages de la région souffrent d'une inondation récurrente de leurs galeries d'exploitation, plus particulièrement d'une pluviosité excessive dans les années 1875 et suivantes, pensait-on.. Mais ce n'était pas la seule raison : le sous-sol local regorge de sources, ce que va démontrer l'ingénieur Ernest Biver, dont le nom sera donné à la commune et à un puits foncé (*) à l'époque.

Il étudie plusieurs solutions. C'est celle de remplacer un pompage, onéreux pour la Mine, par une rivière artificielle qui écoulerait l'eau jusqu'à la mer. Les Pouvoirs publics donnent le feu vert et, en 1890, le percement de la " galerie " débute.

Le travail est pénible et dangereux. L'électrification de la mine en 1894 va permettre de gagner du temps et de faire des économies substantielles.

Ernest Biver étant décédé peu avant 1890, c'est l'ingénieur Damage qui conduira les travaux, selon les plans initiaux. La " Galerie " partira du puits Biver pour rejoindre, en ligne droite, la mer au Cap Pinède où le percement est effectué le 19 mai 1905.

Le lourd tribut des " gueules noires "

Les " Gueules Noires de Provence " paieront un lourd tribut à son percement puisque ce ne sont pas moins de 30 d'entre eux qui y laisseront leur vie au cours de ces quinze années de travaux !

Au moment, ce chantier est qualifié de " fabuleux, gigantesque, fantastique " d'autant plus que c'est un type de chantier jamais réalisé dans la région, il est même resté unique en France.

 Voie ferrée souterraine

Cette galerie, de 14,680 km, rallongée pour partir du puits Gérard, à la fermeture du puits Biver, a un diamètre d'environ 2,3 m qui permet l'installation d'une voie ferrée et de canaux de récupération d'eau de source ou d'écoulement des eaux noires de la mine.

Elle prend son départ à la cote + 18 m pour arriver à la cote " zéro " au Cap Pinède, près de l'Estaque, au cœur du port industriel de Marseille.

Sur une zone de roulage, à partir de 1907, la voie ferrée permettra de transporter par voie souterraine, du lignite jusqu'à la Madrague, dans la banlieue marseillaise.

Les parois sont muraillées sur certains tronçons, ce qui leur donne cet aspect curieux tandis que d'autres sont traités en fonction de la nature du terrain traversé et parfois, simplement grillagés.

Afin d'assurer la sécurité dans cet ensemble souterrain, des puits d'aérage ont été foncés à Septèmes, le puits de la Mure, et à Marseille, le puits Saint-Joseph, par lesquels peuvent transiter secours et matériel.

Un canal permet l'écoulement des eaux noires, préalablement pompées du fond de la mine, qui vont se déverser, avec un débit de 400 m3/h, dans le port de Marseille pendant toute la période de fonctionnement de la mine depuis sa réalisation.

Un autre canal va récupérer des eaux claires qui résultent d'un ruissellement des eaux de source sur la moitié de ses parois et dont le débit de 1 400 m3/h au niveau de Marseille est pour que des industries puissent y effectuer des prélèvements réguliers. La SEM (Société des eaux de Marseille) située à son aplomb peut même y faire des prélèvements pour compléter les besoins en eau potable de la ville.

Comme vous avez pu le constater, avec une pente avoisinant le 1 p. 1000, la gravité est suffisante, sans sur-coût, pour évacuer naturellement ces eaux gênantes, dans le port de Marseille.

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* Foncé : creusé verticalement

Jean Tribotté
 

 

Cf. le blog de Jean Tribotté : http://jtribs.blogspot.com

© Jean Tribotté et Simiane Demain.


(Photo CDF)

Puits de la Mure (Photo BRGM-DSA)


 


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