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Histoire et...histoires de l'eau à Simiane (5)

L'usage industriel de l'eau

par Jean Tribotté
 

Sur le territoire de la commune, nous ne décomptons pas moins de quatre sites industriels ou artisanaux dans lesquels l'eau revêt une grande importance.

 

La "galerie de la mer"

Percée entre 1889 et 1905, cet ouvrage avait pour vocation première d'évacuer les eaux gênantes de la mine qui, pour trouver du charbon, s'enfonçait de plus en plus. Elle devait évacuer des eaux de ruissellement qui entravaient le travail des mineurs et les eaux qui suintaient sur son parcours. l'eau.

 Sous nos pieds

Cette galerie, qui traverse en sous-sol la commune, était un ouvrage d'une très grande importance pour les Houillères de Gardanne et ses mineurs. Un tiers de la longueur de galerie, entre le puits Gérard et le puits de La Mure, est sous nos pieds. Il s'agit d'une ligne droite de 15 kilomètres de longueur se jetant dans les bassins du port de Marseille, dont la section atteint 2,3 mètres et dont la pente, d'environ 1 mètre par kilomètre, assure l'écoulement gravitaire des eaux qui l'empruntent.

Jusqu'à la fin 2006, elle comporte deux goulottes dont l'une évacue l'eau de la mine soit environ 600 m3/heure, avant l'arrêt de l'exploitation minière, tandis que l'autre canalise les eaux de source qui n'ont pas manqué d'apparaître sur son trajet et qui, à la sortie du cap Pinède, atteignent environ 1400 m3/heure (cf. la légende de la photo-titre).

 Montée des eaux

Depuis la fermeture de la mine, en février 2003, l'eau envahit les galeries qui ont été débarrassées, du mieux possible, des produits polluants. Dix-huit mois plus tard, le piézomètre installé au milieu de la dalle qui a obstrué le puits Yvon Morandat suivait la montée des eaux.

Elle se fait au rythme moyen de 30 cm par jour. C'est un peu plus lent qu'au début. Dans les années à venir, la moyenne chutera à vingt centimètres. L'ingénieur qui s'exprimait ne pensait pas si bien dire puisque l'eau qui devait atteindre son point de débordement vers 2012 ne l'atteindra que 2 à 3 ans plus tard selon les plus récentes observations.

 Une réserve en 2030

Le sous-sol renfermera 20 millions de mètres cube d'une eau qui devra se décanter pendant plusieurs années avant d'être exploitable. Pour que cette eau, qui devra laisser une zone sèche de 200 m ne se mélange pas aux eaux de source de la galerie de la mer, véritable canal au débit utilisable, Charbonnages de France a fait installer dans la dite galerie un tube qui, maintenant, dépasse la digue du port.

A Biver, il est raccordé aux pompes d'extraction dont les essais de décembre 2006 ont été concluants et qui entreront en service en temps voulu.

Vers 2030, l'eau de la mine de Gardanne, naturellement limpide, devrait offrir une réserve de sécurité aux habitants de Marseille et du bassin de Gardanne.

La carrière de gypse

Sur la route de Saint-Germain, le panneau indicateur d'un chemin, un peu avant la route des Frères, nous rappelle que des installations de fabrication de plâtre existaient dans le secteur.

De la carrière à ciel ouvert puis par des galeries souterraines, s'extrayait vers 1900 du gypse. Formé à l'ère tertiaire, ce minerai (sulfate de calcium hydraté) est à la base de la réalisation du plâtre.

Un trou rempli d'eau reste la trace de cette exploitation car, lors de la cessation d'activité, un peu avant 1940, l'eau provenant du vallat de Mascot a progressivement rempli les galeries.

C'est d'ailleurs là que les amateurs locaux d'un trafic clandestin d'après guerre ont expédié par le fond, la carcasse dépouillée de la jeep acquise avec son chargement de victuailles auprès d'un GI peu regardant. Les gendarmes ne devaient pas la retrouver.

 Le transfert d'énergie

Dans la prairie voisine, aujourd'hui occupée par des habitations, des hangars abritaient le matériel de concassage, de cuisson, de broyage et d'ensachage. Les ouvriers y disposaient d'une machine à vapeur qui fournissait toute l'énergie nécessaire. Un labyrinthe d'arbres de transmission et de courroies de toile renforcée transférait cette énergie aux concasseurs, trieurs et cribleurs tandis que les propriétaires en haut de forme et gilet boutonné observaient la scène. L'eau du vallat, abondante, permettait le fonctionnement de cet atelier.

Un hangar, situé derrière la salle Léon-Masson, servait d'entrepôt-relais aux sacs de plâtre dont avaient besoin les artisans du secteur.

De nos jours, ce vallat, au nom oublié, ne coule plus que, comme en 1994, lors de gros orages, ravageant le chemin qui a, en partie, pris sa place.

La scierie du Jas Bourret

Quel ancien Simianais ne se souvient pas de ces deux fardiers lourdement chargés de troncs, tirés par des boeufs ou de robustes chevaux, montant péniblement le chemin jusqu'à la scierie. Sur la place de la Fontaine, le maître d'attelage dételait l'un des charriots pour mettre deux bêtes sur un fardier et pouvoir monter la pente.

La rue Fontfiguière n'était alors qu'un petit chemin suivant un ruisseau bordé de figuiers et sans constructions sur la droite en montant. Ce ruisseau a ensuite été recouvert pour créer la rue. Par temps de pluie, il ruisselle encore.

 Piscine

Au début du 20e siècle, cette scierie fonctionnait grâce à la fée électricité et au moyen de l'eau du vallat des Platrières qui, par précaution, se trouvait stockée dans un grand réservoir artificiel alimenté par un bief.

A sa base, une martellière permettait de libérer de l'eau qui actionnait la turbine d'un générateur électrique. Cela a d'ailleurs permis à l'exploitant de céder son surplus d'énergie électrique au réseau local d'électrification.

Ce bassin était la piscine des jeunes Simianais réchauffés qui s'y baignaient, les beaux jours venus, et le terrain de jeu des amateurs de blagues qui subtilisaient leurs vêtements.

Annexée à cette scierie, se trouvait une fabrique de manches à balais dont les tours et les scies achevaient de transformer les troncs d'arbres. Ce sont peut-être ces lourds charrois qui ont entraîné le déplacement de la Fontaine des Vaches et l'élargissement de la voirie.

La carrière de la cimenterie

Vers 1956, la cimenterie s'installe sur la commune de Bouc-Bel-Air, au lieu-dit La Malle. Très vite, son activité grandissante révèle un besoin en eau que ses ressources propres ne peuvent lui garantir. L'extension du canal du Verdon sera la bienvenue pour l'usine comme pour le site commercial de Plan-de-Campagne, l'eau y circulant à près de 4 m3 à la seconde.

Dans la carrière, l'eau représente une gêne. Un premier réservoir est alors organisé. Puis l'extraction s'étendant sur les communes de Septèmes et de Simiane, une autre organisation doit être mise en place.

Le fond de la carrière, sorte de marécage, est divisé en trois parties :

- Un marais, où aboutissent toutes les eaux de ruissellement. Tout le long des chemins empruntés par les gros engins de transport du calcaire, des caniveaux récupèrent l'eau de source et de ruissellement, en bordure des parois verticales. Ils la conduisent vers une lagune et c'est par de gros tuyaux enterrés qu'elle traversera le chemin pour atteindre le lagunage inférieur. Elle y déposera une partie des éléments en suspension.

- Un filtre géant, constitué de rochers et de sable, occupe toute la largeur de la base de la carrière, sur plus d'une centaine de mètres. Il laisse passer une eau de plus en plus claire qui va rejoindre le réservoir séparé du réservoir de l'ancienne carrière par une digue étanche.

- Un réservoir, d'une capacité de 250 mille mètres cube d'une eau claire, voit son niveau d'eau contrôlé par une station de pompage automatisée. Une tour où se trouvent les pompes a été construite dans un angle tandis que des flotteurs paramétrés assurent la mise en route des pompes et régulent le niveau. Le trop plein est alors déversé dans le vallat de la Caravelle.

Cette eau, dont une partie provient des sources qui bordaient l'ancien chemin des Violettes, permet l'arrosage des pelouses de résidences collectives, de jardins ouvriers et l'organisation dans l'ancien réservoir d'une activité de pêche à la ligne pour le personnel intéressé.

L'ensemble peut constituer un modèle de gestion, par une entreprise, des eaux de ruissellement.

Jean Tribotté
 


Amis lecteurs, si vous ou des membres de votre famille disposez d'informations ou de documents susceptibles de compléter le contenu de cette série d'articles, merci de nous en faire part pour partager l'information avec tous les Simianais.
 

 

Cf. le blog de Jean Tribotté : http://jtribs.blogspot.com

Sources : Huguette Garrido et Archives nationales

© Jean Tribotté et Simiane Demain.


Galerie de la mer. A g., le chenal des eaux claires (eaux de source, reçues naturellement dans la mine). Au centre, plus loin dans la galerie, on envoyait les eaux sales qui, par une évacuation séparée, atteignaient, elles aussi, la mer. A d., accès à la mine. (Photos J.T. Droits réservés)
 

 
 
 

 
 
 

 
 
 

 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


 


 

Ancien accès, aujourd'hui ennoyé, à la carrière
 
 

Générateur électrique de la scierie. Existe encore sous la maison qui fait l'angle de la placette. Il utilisait l'eau venant du réservoir qui, de ce fait, passait sous la maison et en amont, la scierie


 


L'installation de décantation et le bassin de Lafarge
 
 
 




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