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Histoire et... histoires de l'eau à Simiane (1)

La source du marquis

par Jean Tribotté

   L'eau n'était accessible qu'au moyen de quelques puits...

Si l'origine du village se situe en 973, moment où nous avons pu constater une sédentarisation de la population autour de la source de Venel, il y eut des périodes d'effervescence et de frustration autour de l'eau.

Appellations diverses

La source de Venel coule toujours, mais ce n'est pas le cas de la source de la Loube (Marquis ou Maupas, selon ses diverses appellations) tarie depuis des décennies.

Au XIIIe siècle, le village s'est développé à proximité de la chapelle puis du château construit en l'an 1500, dont les restes d'une tour sont visibles sur la place de l'Eglise, de la ferme d'en-bas détruite il y a quelques années (sur son emplacement la Poste a été édifiée), sous la bonne garde de saint Pierre, le saint patron de l'église.

Il faut noter que l'église Saint-Pierre actuelle, construite entre 1786 et 1790, a remplacé une église plus petite érigée au XVIe siècle, dont la cloche gravée au millésime de 1634 résonne toujours dans le village.

L'eau, source de vie, n'était accessible dans le village qu'au moyen de quelques puits ou par les vallats au contenu parfois douteux, ce qui s'avérait insuffisant. Au cours des assemblées du Conseil de la Communauté de Collongue et Venel qui se sont tenues entre 1629 et 1639, ce besoin a dû être débattu puisqu'en mai 1639, alors que les trois consuls sont Honoré Chavignot, Jean Daignan de Grand Pierre et Jean Pally d'Hugon, il est décidé de réaliser une adduction d'eau.

Un sourcier-fontainier, connu de Pons Pally, est venu de Marseille. Il s'agit d'André Cristophe qui, le 3 mai 1639, « voit et visite les endroits du terroir, pour tâcher de trouver quelque source propre et commode pour la porter au village... »

Le jour même, un acte est dressé par maître Mourgues, notaire, en présence des consuls précités (387E68-F°362 et suivants).

Les habitants trouveront « l'eau au Maupas... sur le chemin qui va aux bastides de Roque... mais il faudra creuser quinze pans de profondeur et douze de large ».

Le sourcier amènera l'eau où la communauté le demandera et assurera l'arrivée de l'eau au canon de la fontaine. Il sera rémunéré et nourri lors de sa présence à Collongue.

Le 5 mai, sous la direction de Jean Daignan de Grand Pierre, les habitants se mettent au creusement de la source. Une estimation des coûts est effectuée.

Le dimanche 15 mai 1639, « au devant l'église paroissiale et place publique, à l'issue de la grand'messe, s'est assemblé le Conseil de la Communauté de Collongue et Venel » ainsi que tous « les particuliers ayant et possédant biens à Collongue, Venel et leurs terroirs » , soit une quarantaine de familles.

Le consul expose ce qui a été fait pour les travaux de la fontaine, les démarches accomplies et l'estimation du « prix fait » .

C'est à la majorité des voix qu'il est convenu que toute la dépense sera financée par la taille et que le minimum payé sera calculé sur la base d'une livre cadastrale. La délibération a été consignée dans les minutes de Me Honoré Mourgues, notaire royal.

Au marteau et au burin

Le creusement de la source est terminé le 19 mai. Du 23 au 28 mai, il est procédé à la construction des fossés et des canaux en 78 journées d'hommes.

C'est ainsi que des ouvrages sont encore visibles sur au moins deux propriétés privées, au-dessus du canal du Verdon. Le canal souterrain a été taillé dans la pierre par moins 3 mètres, sa forme est en ogive et son gabarit est d'environ 70 centimètres de large pour 80 à 90 de haut.

Ce sont des jeunes gens qui l'ont taillé au marteau et au burin. Des puits de visite et d'entretien ont été installés toutes les trentaines de mètres. Une dalle de pierre les recouvre. Elle est entaillée d'une ouverture ovalisée que fermait une pierre biseautée de même forme.

Pour cause de moisson, le travail cessera le samedi 19 juin pour ne reprendre que le 11 juillet 1639.

Le chantier sera à nouveau interrompu du mardi 27 juillet jusqu'au 4 août afin de fêter dignement la Saint-Germain et d'assister à la foire instituée par Henri IV en 1598.

Les dernières finitions seront apportées le 16 décembre 1639, notamment « pour combler le creux de la source de Maupas ». L'eau pouvait couler au canon de la fontaine de pierre taillée.

Cependant, il n'y a pas eu que les travaux, il y eut aussi toutes les fournitures : les pierres des caniveaux, le baptun, les outils, la chaux, la nourriture du fontainier, les transports, l'avoine des animaux, les canons de fer de la fontaine.

Une indemnité a même été remise aux propriétaires des propriétés ayant été dégradées : Hugon Michel, Lucou Mérentier, Louise Germain et Barthélémy Deleuil.

Le consul Honoré Chavignot s'est chargé de l'achat des 77 bourneaux (bournéus : tuyau) et c'est Pons Pally qui a formé les pierres de taille.

Les comptes sont arrêtés le 11 février 1640. L'adduction d'eau de source au village a coûté à la communauté la somme de 460 livres 10 sous.

Les villageois
privés de leurs efforts

Comme de nos jours, la première évaluation imposant une taille de 7 livres 10 sous par livre cadastrale a été dépassée et les contribuables ont dû s'acquitter d'un rajout de 20 sous par livre cadastrale.

C'eût été une belle histoire si Jacques de Clapiers, le fils d'Honorade de Saint Martin, dame de Simiane et veuve d'Esprit de Clapiers, devenu majeur, n'avait aussitôt détourné vers son château l'eau récemment canalisée, privant les villageois de leurs efforts.

Depuis le haut de la rue Fontfiguière, par un petit sentier qui longe l'arrière des constructions du bas de la rue Manéra, seules existantes, le marquis fait alors creuser une galerie qui va desservir en eau le château et les réservoirs de l'actuel parc Marius-Magnan. Les actes notariés font aujourd'hui encore état de la servitude de passage pour l'entretien et la surveillance de la galerie.

Cette fontaine deviendra la Fontaine des Vaches**.

Jean Tribotté
 


Amis lecteurs, si vous ou des membres de votre famille disposez d'informations ou de documents susceptibles de compléter le contenu de cette série d'articles, merci de nous en faire part pour partager l'information avec tous les Simianais.
 

 

* http://jtribs.blogspot.com
** Voir le texte de Denis Oléon

Sources : Huguette Garrido et Archives nationales

© Jean Tribotté et Simiane Demain.

Base de la source de Maupas (Photos J.T. Droits réservés)


 
 
 
 

Chenal de guidage de l'eau, chemin du Jas de Roque
 
 
 
 
 

Puits d'entretien dont on aperçoit, au fond, le couvercle effondré
 
 
 
 


Source de Venel
 
 
 
 
 

Fontaine des Vaches



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