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Doù vient-elle, cette eau potable
que l'ouverture d'un robinet permet d'obtenir facilement ?

Les barrages de l'Infernet

par Jean Tribotté

Depuis deux ans, je vous ai décrit l'eau dans tous ses états sur la commune de Simiane-Collongue ( voir le blog * ) mais, d'où vient-elle, cette eau potable que l'ouverture d'un robinet permet d'obtenir facilement ?

Un million pour un canal

Devant la pénurie d'eau potable qui touche la ville d'Aix-en-Provence, le 25 février 1837, le conseil municipal propose un million de francs pour la réalisation d'un canal destiné à amener de l'eau à la ville. A cette époque, la ville de Marseille connaît les mêmes problèmes.

Franscesco Zola, émigré italien de bonne famille, installé à Marseille depuis peu, présente plusieurs projets pour barrer le vallon de l'Infernet et y créer une retenue d'eau à partir de laquelle un canal de 7 km acheminera jusqu'à Aix-en-Provence 1 500 litres d'eau à la seconde.

Au nord du Tholonet, les gorges du torrent Infernet, au pied de la montagne Sainte-Victoire, ne sont qu'un terrain tourmenté, déchiré, une sombre nature, un immense chaos. Elles présentent de nombreux rétrécissements propices à l'implantation de barrages.

Le 19 avril 1843 son projet de barrage voûte est adopté et une ordonnance royale est émise le 31 mai 1844. Une société de gestion est fondée en 1845 mais les travaux ne débuteront qu'en 1847, quelques mois avant la mort de son concepteur, le père de l'écrivain Emile Zola.

Le barrage voûte de forme concave, premier du genre d'une hauteur de 24,50 m pour 66 m de longueur de crête barre le torrent de l'Infernet créant une retenue de 4 hectares et une réserve d'eau de 2,5 millions de mètres cube. Il sera opérationnel en 1854.

Dans cet environnement aride, il présente un havre de fraîcheur prisé des promeneurs et randonneurs qui peuvent admirer la Sainte-Victoire, posée sur le barrage.

Dans le même temps, pour résoudre la desserte en eau brute des communes du bassin d'Aix-en-Provence, dans le cadre d'un plan d'hydraulique national, Napoléon III avait commandé les travaux du canal du Verdon qui fut mis en eau en 1868, après la construction d'un barrage de quinze mètres de hauteur à proximité de Quinson. Ce sont 500 condamnés qui ont participé aux travaux et au creusement des tunnels de ce canal qui n'est plus utilisé.

C'est en 1932 que l'ingénieur Rigaud est l'auteur d'un plaidoyer pour un plus large développement des zones irriguées par l'ancien canal du Verdon.

Bimont

Parmi ses projets, c'est celui du barrage de Bimont et de son réseau de distribution permettant l'irrigation de 60 000 hectares et l'alimentation de plus de 30 000 particuliers en zone rurale qui a été retenu.

Dans ce site favorable de la Sainte-Victoire que les Romains et Zola avaient déjà utilisé, un ouvrage imposant allait barrer la gorge de " Bimont ".

En outre, ce site, à proximité de l'ancien canal du Verdon qui véhicule 5 m3 à la seconde, allait permettre de dévier et de stocker une partie de ses eaux perdues.

Infrastructure

Après bien des vicissitudes - dont la guerre - les travaux débuteront en 1946. Cette réalisation dont tout le monde reconnaissait l'évidente nécessité ne put être menée à bien pour la première tranche qu'en 1952 et pour l'ensemble en 1956.

L'infrastructure générale comprend :

Un souterrain de dérivation des eaux du canal du Verdon vers la cuvette de Bimont dont la prise d'eau est située au lieu-dit La Campane. Il a 7 km de long et 6 mètres carré de section à l'origine. Il permet de véhiculer 7 000 litres d'eau à la seconde.

Le barrage de Bimont, qui est la pièce maîtresse avec ses 87,5 mètres de hauteur de mur, ses 180 mètres de longueur de crêt et 7 mètres de large à son couronnement, retient 25 millions de mètres cube pour une capacité encore plus grande. Son évacuateur de crue permettrait, en cas de besoin, de déverser un trop plein de 150 mètres cube à la seconde. Une station de pompage aménagée au débouché de la galerie de la Campane est capable de débiter 3 250 mètres cube par heure. Elle est utilisée pour refouler, pendant la période de chômage du canal du Verdon, les eaux de la réserve vers Aix et les branches de distribution situées à l'ouest de la ville.

La branche mère et les branches secondaires de Septèmes et de Trets ont respectivement, à l'origine, 10,8 km, 15,2 km et 25,5 km de longueur. Le canal principal peut débiter 7 000 litres à la seconde. Son parcours est difficile et comporte une coûteuse alternance de cuvettes, de siphons et d'aqueducs.

Les utilisateurs

Les extensions du canal du Verdon distribuent l'eau de la retenue de Bimont à trois types d'utilisateurs :

- Les entreprises industrielles telles la centrale thermique qui demande 110 litres par seconde, l'usine d'alumine de Gardanne, qui utilise pour le lavage de 25 à 30 l par seconde, les Ciments Lafarge et la zone commerciale de Plan-de-Campagne ;

- les communes situées en bordure des canaux ;

- les associations syndicales d'irrigation, qui rassemblent les agriculteurs, reçoivent l'eau sous pression au moyen de réseaux modernes de distribution par canalisations enterrées.

C'est la fin des norias et de la répartition gravitaire de l'eau agricole.

Une belle réussite

Les ouvrages dont la Société du canal de Provence est concessionnaire représentent 40 km de cuvettes, 15 de souterrains, 5,5 de siphons, la retenue de Bimont, des écluses et aqueducs, plusieurs milliers de postes d'eau et 263 km de réseaux enterrés.

Les extensions du canal du Verdon constituent une belle réussite du plein emploi de l'eau.

Jean Tribotté
 

 

  * Cf. le blog de Jean Tribotté : http://jtribs.blogspot.com

Sources : Huguette Garrido et Archives nationales

© Jean Tribotté et Simiane Demain.
 
 
 
 


Amis lecteurs, si vous ou des membres de votre famille disposez d'informations ou de documents susceptibles de compléter le contenu de cette série d'articles, merci de nous en faire part pour partager l'information avec tous les Simianais.
 


Barrage de Bimont (Photos J.T. Droits réservés)


Extrait de la carte Michelin 245 "Provence Côte d'Azur"


Le barrage Zola,
au pied de la Sainte-Victoire

Canal du Verdon


Les Figassons, ci-dessus

Installation du canal, ci-dessus

Aqueduc de Babol

Aqueduc de la Carrière

Simiane, au-dessus du cimetière




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