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Histoire et...histoires de l'eau à Simiane (6)
Faits et méfaits de l'eau
par Jean Tribotté
 

Au fil du temps, les installations s'améliorent et le service aux usagers. Cependant, Simiane, comme d'autres communes, a eu à souffrir de dégâts importants lors de très gros orages.
 

C'est entre 1900 et 1903 que le chemin de Saint-Germain puis les rues du village seront creusées pour y enfouir les canalisations qui vont alimenter les points d'eau où les habitants vont trouver, gratuitement, une eau potable.

L'adduction de l'eau potable

En 1958, une nouvelle ère débute. Moyennant la signature d'une police d'abonnement et le versement d'un prix de concession de 15 000 F par compteur qui inclut la fourniture et la pose de ce compteur, dès lors que la pose s'effectue au cours des travaux de la commune et que le mur de façade de l'immeuble est à moins de 6 mètres de l'axe de la voie, l'équipement d'un immeuble peut être fait.

Le citoyen va pouvoir installer chez lui un ou plusieurs robinets et recevoir l'eau contre le paiement d'une redevance annuelle d'entretien du compteur de 600 F. Il faudra ajouter un prix forfaitaire de 3000 F par an pour une consommation annuelle de 36 m3.

Dans les autres cas, il faudra supporter le coût de la longueur supplémentaire.

Deux réseaux

Toutefois, dès 1965, avec l'arrivée de l'eau du canal, il y aura deux réseaux de distribution d'eau sur la commune. Celui que nous venons de voir, avec une eau claire directement potable, et une eau dite agricole distribuée par la Société du canal de Provence et ses bornes rouges aux formes de drôles de champignons. Moyennant une installation personnelle de filtrage et de traitement, l'abonné pourra rendre cette eau utilisable pour des besoins ménagers.

La catastrophe

L'eau passe par dessus bord, au-dessus du village et du côté de Bédouffe. Elle ruisselle dans les rues du village qui sont sous l'eau et se faufile jusqu'au vallat des Mourgues et au vallat des Rajols dont le lit s'engorge et déborde. Les goulets de passage pratiqués sous la voie ferrée ne sont pas assez larges et constituent un barrage derrière lequel l'eau monte pour atteindre deux mètres de hauteur à certains endroits.

La route de Bouc n'est plus praticable, il faut emprunter la route de Siège qui se trouve noyée en certains points. Le village serait-il isolé ?

La route de Mimet reste praticable mais, de là, au petit matin, les habitants constatent que Roussillon, le Rajol, Cavaillarde et les Charmilles sont sous les eaux. Les ceps de vigne sont recouverts d'une eau boueuse. Des voitures ont été endommagées dans les rues Vassent et Manéra.

L'eau ayant malgré tout franchi la voie ferrée, les vallats de Babol et des Mourgues ayant servi au délestage salutaire du canal, les quartiers du Merle et de Chave sont sous les eaux. A quatre heures du matin, l'alerte est donnée à la porcherie de la famille Moine. Elle est déjà inondée et, malgré l'aide arrivée du village, dans les soues où le niveau de l'eau a atteint un mètre vingt, il y aura cent dix cadavres de porcs à relever sur les cinq cent que comprend l'élevage. Les poules et les lapins n'ont pas survécu à l'inondation.

Coup dur pour les exploitants agricoles concernés, l'évènement ne sera pas répertorié au titre du récent Fonds des Calamités Agricoles (1962) et aucun responsable ne sera reconnu.

Le Fonds d'indemnisation des catastrophes naturelles (1982) n'ayant pas encore été créé, les habitants et commerçants innondés devront se retrousser les manches et faire appel à la solidarité locale.

Les pluies diluviennes de 1996

Les rues Manéra et Vassent d'où l'eau semble refluer.

En ce 26 août 1996, le ciel est sombre dès le matin. Vers midi, de lourds nuages s'amoncellent et, quel que soit le cardinal vers lequel on se tourne, les nuages sont noirs.

La pluie fine qui tombait depuis un moment se transforme vers 13 heures en de véritables rayons d'eau, le ciel est si noir que l'on peut croire que la nuit est venue. Ces trombes d'eau ne cessent de se déverser sur la chaîne de l'Étoile qui est invisible. La pluie constitue un écran quasi opaque. C'est toute la région qui est concernée.

Au sol, l'eau ruisselle de partout, les égouts n'absorbent plus rien. Les chaussées sont recouvertes d'une couche d'eau qui, dans certains creux, atteint 20 cm, des voitures sont arrêtées de-ci de-là. Sur l'autoroute, la circulation se fait au pas, chaque pont déverse sur la chaussée inférieure une cataracte d'eau boueuse.

Toutes les voies et les chemins supérieurs ressemblent au lit d'un ruisseau ; vers 18 h 30, le chemin des Alludes projette au milieu de la route de Siège eau et pierrailles que les voitures évitent en se déportant.

Soudain, vers 19h 10, c'est le drame. Une vague d'eau boueuse déferle sur le centre du village par les rues Vassent, Manéra et Grande rue. Les voitures en stationnement sont emportées et bloquent ces voies. L'eau monte derrière ces barrages artificiels et entre dans les maisons dont les rez-de-chaussée sont rapidement sous 2 mètres d'eau boueuse.

La boulangerie est remplie d'eau, la boue et les galets envahissent le verger d'une propriété, dans l'axe de la rue Lambert. La place de la Fontaine est remplie de voitures cabossées et l'eau semble venir de la rue Vassent pour s'évacuer par la rue Manéra.

Le journal télévisé national de 20 h s'ouvre sur l'évènement. Les téléphones sonnent car des auditeurs s'inquiètent de la situation dans laquelle se trouvent les membres de leur famille.

L'eau est passée par-dessus le parapet de la place du Lavoir, le canal souterrain de la rue Manéra n'absorbant plus l'eau en provenance des Plâtrières et de ce secteur de la colline. Le chemin de Peycaï est raviné par le ruissellement et le rocher y est à nu.

Il faudra quelques jours pour que le village retrouve son calme et que l'incrédulité des gens se dissipe. Toutes les hypothèses fusent.

Il s'agit vraisemblablement de la conjonction de plusieurs phénomènes, l'engorgement des grilles protégeant l'entrée du souterrain dans lequel s'écoule le vallat des Plâtrières pour en ressortir Vallat des Mourgues, le long du Petit chemin de Bouc, montée en charge du canal et la rupture d'une retenue artificielle d'eau dans la colline de Peycaï.

Les dégâts sont considérables et de nombreux habitants y ont perdu des objets, des meubles, voire leur voiture.

Orage, décembre 2003

Le ciel est sombre, des éclairs zèbrent les nuages qui semblent accrochés aux antennes de la station-relais de l'Etoile. La pluie tombe dru sur tout ce secteur du massif en ce 2 décembre 2003. Les ruisseaux, d'ordinaire à sec, sont gonflés par les eaux de ruissellement.

A proximité du chemin de la Liberté, la cascade est de nouveau active. La pluie redouble d'intensité et, les heures passant, le lit des ruisseaux devenant trop petit, les chemins ressemblent à des rivières.

Le flot boueux est actif, il ravine le terrain et se charge de projectiles de toutes tailles. Du côté de l'Oasis, le ravinement révèle un puits oublié dont le trou béant absorbe une partie du ruisseau. Le lit n'est plus traversable que par un adulte.

Un peu plus bas c'est une véritable tranchée qui s'est creusée, interdisant la circulation des véhicules de type 4x4. Tout le chemin est raviné jusqu'à Jean-le-Maître où la cascade déverse ses gerbes d'eau dans le vallat.

Les chemins du Rouf et de Jas de Clapier sont dans le même état que ceux de l'Oasis, il faudra l'aide financière de la Région pour en refaire une partie.

Dans le prolongement, le vallat de Siège, gonflé par toutes ces minuscules ravines qui viennent de Jas-de-Clapier et de Peycaï, a l'allure d'une rivière lorsqu'il franchit le goulet d'étranglement de l'ancienne carrière de marbre.

La cascade reçoit alors une eau chargée de gravats, de branchages et de troncs qui vont changer sa physionomie. Comme au début du XXe siècle, son bruit arrive aux abords du quartier de Siège. Il y avait longtemps que le château de Gui n'avait pas été tiré de sa torpeur par son bruit caractéristique.

Jean Tribotté


 


Amis lecteurs, si vous ou des membres de votre famille disposez d'informations ou de documents susceptibles de compléter le contenu de cette série d'articles, merci de nous en faire part pour partager l'information avec tous les Simianais.
 

 

Cf. le blog de Jean Tribotté : http://jtribs.blogspot.com

Sources : Huguette Garrido et Archives nationales

© Jean Tribotté et Simiane Demain.

 Borne d'alimentation

   

 A la ferme Moine

   

 Place de la Fontaine

   

 Maupas, chemin de la carrière
 de poudre à récurer.
 La source Maupas se trouvait sur la gauche

   

 Près de l'Oasis, le chemin est redevenu un ruisseau, mettant
au jour un ancien puits




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