Culture / Société

© Simiane Demain

" Une " /    Menus

2014, centième anniversaire de la disparition du poète Frédéric Mistral

Mireille et Frédéric

   Le cinquantième anniversaire de la publication de Mireille avait été salué
notamment par
Le Petit Journal dont nous reprenons un article

 

Mirèio, Mireille, est le titre d'un poème de Frédéric Mistral. A nos lecteurs, je ne ferai pas l'injure de penser qu'ils l'ignorent. Non plus qu'ils ne savent pas le couronnement de son œuvre par le prix Nobel de littérature, en 1904. Je rappellerai seulement qu'il est né et mort à Maillane (1830 - 1914).

Aujourd'hui, je voudrais vous inviter à feuilleter avec moi Le Petit Journal illustré qui a rendu hommage à Frédéric Mistral le 30 mai 1909.

C'était à l'occasion du cinquantième anniversaire de la publication de Mireille.

Que nous dit son article, dès le début ?

La jolie Arlésienne si gracieuse en son pittoresque costume que représente notre gravure, symbolise l'hommage que la Provence va rendre dans quelques jours à Mistral, le poète illustre qui consacra sa vie et son génie à célébrer la terre natale, et ces traditions.

Nous avons voulu nous associer à cet hommage et (...) à la grande oeuvre de décentralisation qu'il a accomplie.

La statue du poète

En soi, l'écrire est déjà un bel hommage, surtout venant d'un périodique qui n'est pas de notre région, vous ne trouvez pas ?

Et de nous signaler que les fêtes dont Mistral est le héros se dérouleront pendant les deux jours de la Pentecôte. On inaugurera la statue du poète qui, en dépit de la modestie exemplaire dont il a donné la preuve durant toute son existence, a dû, sur les sollicitations de ses innombrables admirateurs, subir tout vivant cette glorification.

En colonne de droite, je me dois de reprendre un extrait du poème. Ce sera, hélas, un tout petit, le début du Chant premier, Le mas des Microcoules. Il situe bien les intentions du poète.

Naturellement, je vous invite instamment à lire ou relire tout le poème, si possible dans une édition comportant à la fois le texte en provençal et en français.

Je vous incite à consulter Alain Cayol, lou capistou et président de l'association félibréenne La Garbo, ne pensant pas trop m'avancer en vous disant qu'il se fera grand plaisir à vous conseiller.

Parmi ses nombreuses activités, dont des cours de provençal, La Garbo organise des sorties culturelles.

N'hésitez pas à vous renseigner sur son programme.

A toutes fins utiles, sachez qu'elle a son siège à l'hôtel de ville.

Claude Jurienne

 

Mirèio

Chant proumié

Lou mas di Falabrego

Cante uno chato de Prouvènço.
Dins lis amour de sa jouvènço,
A travès de la Crau, vers la mar, dins li bla,
Umble escoulan dóu grand Oumèro,
Iéu la vole segui. Coume èro
Rèn qu'uno chato de la terro,
En foro de la Crau se n'es gaire parla.

Emai soun front noun lusiguèsse
Que de jouinesso ; emai n'aguèsse
Ni diadèmo d'or ni mantèu de Damas,
Vole qu'en glòri fugue aussado
Coume uno rèino, e caressado
Pèr nosto lengo mespresado,
Car cantan que pèr vautre, o pastre e gènt

[ di mas !

Je chante une jeune fille de Provence.
Dans les amours de sa jeunesse,
à travers la Crau, vers la mer, dans les blés,
Humble écolier du grand Homère,
Je veux la suivre. Comme c'était
Seulement une fille de la glèbe,
En dehors de la Crau il s'en est peu parlé.

Bien que son front ne brillât
Que de jeunesse ; bien qu'elle n'eût
Ni diadème d'or ni manteau de Damas,
Je veux qu'en gloire elle soit élevée
Comme une reine et caressée
Par notre langue méprisée,
Car nous ne chantons que pour vous, ô pâtres

[ et habitants.


Retour en haut de page
 


Le cinquantenaire d'un poème

extrait du Petit Journal illustré, 30 mai 1909

Mireille a cinquante ans. Elle n'en est pas plus vieille pour cela. C'est le privilège des figures crées par le génie de ne point sentir le poids des années. Le temps passe ; elles demeurent. L'admiration des foules leur fait une éternelle jeunesse.

Mireille vivra entre toutes, non point seulement parce qu'elle est une création toute de charme et de tendresse, mais parce qu'en elle se manifeste l'âme d'un peuple et l'incomparable poésie d'une langue.

Et l'auteur de Mireille est deux fois grand, parce qu'ayant conçu l'admirable poème où il a fait revivre toutes les traditions de la Provence, il a, pour l'écrire, recréé la langue harmonieuse et littéraire des troubadours.

" Avant Mistral, a dit justement M. Paul Mariéton, l'illustre et vénérable langue d'oc était dans l'état misérable des arènes d'Arles et de Nîmes aux premières années du dix-neuvième siècle. Dégradées, chancelantes, envahies par des masures parasites, leurs lignes pures disparaissaient sous cette lèpre immémoriale. Un jour vint où le Goût, reprenant sa maîtrise, balaya toutes ces bicoques, restituant à la splendeur les amphithéâtres des vieux Romains. Ainsi, depuis cinq siècles, des patoisants barbares souillaient les lettres provençales. Suivi d'ardents et lettrés patriotes, Mistral est venu qui les a dispersés, rendant à la lumière et à beauté les élégances attiques de l'édifice des aïeux et le consolidant pour l'usage des temps nouveaux... "

Le poète de Maillane n'a pas caché, d'ailleurs, l'état de misère où il avait trouvé la langue provençale, et, dans quelques vers dont voici la traduction, il a confessé sincèrement qu'il avait reconstitué et embelli le parler de ses ancêtres :

Nous trouvâmes dans les bergeries
Revêtue d'un méchant haillon
La langue provençale;
En allant paître les brebis
La chaleur avait bruni sa peau,
La pauvre n'avait que ses longs cheveux
Pour couvrir ses épaules.
Et voilà que des jeunes hommes
En vaguant par là
Et la voyant si belle
Se sentirent émus.
Qu'ils soient donc les bienvenus,
Car ils l'ont vêtue duement
Comme une demoiselle.

Ces " jeunes hommes ", ce sont les félibres. On leur a reproché quelquefois d'écrire en un langage qui n'est point celui des paysans. Grief absurde... Ne doivent-ils pas au contraire être loués d'avoir tenté de rendre à la langue qui s'abâtardissait la richesse et l'harmonie d'autrefois ? On devrait regretter plutôt que dans toutes nos provinces des hommes ne se soient pas trouvés pour recueillir pieusement, à leur exemple, les expressions anciennes, les mots caractéristiques qui disparaissent de jour en jour de ces idiomes provinciaux qu'on appelle avec mépris des patois et qui sont en réalité les derniers vestiges du langage de nos aïeux. La langue nationale eût trouvé là des ressources infiniment plus précieuses que celles que lui fournissent, trop abondamment au gré des gens de goût, les idiomes des pays voisins. "



Retour en haut de page