© Simiane Demain

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Henri Marin

Naturel provençal

Natif de Gardanne, par amour, il s'est fait naturaliser... Simianais

Bon vivant, très affable et pourtant discret, très cultivé, amoureux passionné de la nature, surtout de la montagne, acteur de longue date des traditions provençales, d'une admiration sans limites devant la chapelle de Saint-Germain où on le voit fréquemment, voilà comment on pourrait peindre le portrait d'Henri Marin. A très grands traits, bien sûr.

Le terme peindre n'est pas choisi au hasard car Henri est dessinateur industriel de profession.

Il était chez Péchiney, à Gardanne, avant que la société ne prenne ce nom.

Toute sa vie, il n'a cessé de peindre, dessiner, ce qui l'a tout naturellement conduit à illustrer, entre autres, notre fête votive. Cela n'allait pas de soi au départ.

Dessinateur

" Mon grand-père maternel Henri Ménard, était de Barbentane. Il avait fait le tour de France et s'était arrêté à Gardanne, où il a créé un atelier de charronnage. Mon père, Léopold, a appris le métier chez lui. Et puis, il est allé travailler comme ouvrier chez Plumier, à Auriol. Il s'y rendait à vélo ! Un jour, il me l'a raconté cent fois ! il a été renversé par des sangliers à La Pourcelle. Il a finalement épousé la fille du patron, Rose. Après, il a continué à travailler à Gardanne. "

Sa mère, cependant, n'a pas voulu qu'il reprenne le métier, trop pénible et où l'on ne gagnait pas d'argent. Elle se plaignait d'ailleurs de son mari, " qui était trop brave, ne faisait pas payer la moitié du temps : Ah ! c'est cadeau, devent ren de tot, faut pas paga ! "

En 1940, à 16 ans, Henri entre comme apprenti dessinateur chez Alais Froges & Camargue, qui prendra en 1950 le nom de son patron, Péchiney.

Les galoubets de l'abbé Guidel

" En 1940-1942, je voulais participer à un mouvement provençal. A Gardanne, il n'y avait rien. Et j'ai eu l'idée de jouer du tambourin. Et pour cela, il a fallu que j'aille à Marseille. Je suis allé à la Couquette, un groupe régionaliste très renommé à cette époque. Il dansait, il chantait, se costumait, faisait des sorties, mais c'était alors assez difficile de se déplacer.

Là, dans le quartier Sainte-Anne, un brave prêtre, l'abbé Guidel, dans l'institut Saint-Ange, fondé par l'abbé Fouque, apprenait aux orphelins à jouer du tambourin et du galoubet. C'est lui qui fabriquait ces instruments, notamment les galoubets en buis. Comme ce bois n'est pas joli, il les teintait en mauve ! C'est lui qui m'a appris à en jouer. Et, à Gardanne, à mon tour, j'ai appris à quelques amis. "

L'Escole dou Pilon du Roi

Il a appris à jouer du tambourin, exécuter les danses provençales, se produit, dans différentes localités.

" Après, en 1943, j'avais eu l'idée de venir à Simiane et de créer une association. Il y avait Mme et M. Julien, très gentils, qui habitaient sur la route de Gardanne. Elle s'occupait du patronage des jeunes filles. Lui qui, si je me souviens bien, était cuisinier, chantait dans les réunions.

J'avais appris les danses provençales aux jeunes filles de Simiane."

L'association s'appelle L'Escole dou Pilon du Roi. Il va à Aix, avec des groupes, notamment aux Tambourinaïres sestian, dont il est devenu un membre important.

Marie-Thérèse

Et il épouse Marie-Thérèse, une Simianaise.

Henri possède plein d'anecdotes qu'il vous raconte très volontiers. Ainsi, " une année, pour Noël, des tambourinaïres de Trets me téléphonent et me demandent d'aller jouer chez eux. Et me voilà parti, malgré le froid, en vélo, avec le tambourin sur le dos. " Mais, le lendemain, au moment de revenir, il tombe des trombes d'eau ! Heureusement, il y a les mineurs qui habitent Trets et travaillent au Plan de Meyreuil. " Je suis retourné avec eux. Mais, après, de Plan à Gardanne, je suis revenu à pied. Après, je suis retourné chercher le tambourin à Trets... "

Il participe à de nombreuses manifestations, à Arles, Aix, un peu partout. Et même, plus tard, à Gênes, et en Allemagne, à Tübingen, ville jumelée avec Aix, pour représenter la Provence. Il n'y a pas très longtemps. Activités qu'il mène tout en continuant de travailler chez Péchiney, jusqu'à sa cinquante-neuvième année.

" Et puis, il y a eu la Saint-Eloi. Après guerre, c'est Roger Vidal, président du Comité des fêtes, qui nous a quittés il y a peu, qui s'en occupait, mais c'est surtout Alain Cayol qui a lancé, relancé les traditions. "

 

Rencontres au sommet

C'est là qu'il commence à dessiner les affiches de la fête votive, dont il devient l'illustrateur officiel, jus-qu'en 2004.

Mais, le dessin, les animations traditionnelles, la musique classique ne sont pas ses seuls centres d'intérêt. Pour des randonnées, des " courses " de montagne, c'est dans les Hautes-Alpes qu'on le retrouve chaque fois qu'il peut s'échapper. Et voici une anecdote savoureuse.

M. Jouven

" Une année, j'étais à Puy-Saint-Vincent. Un matin, de bonne heure, j'allais ramasser des fraises, des framboises dans les bois.

A un moment donné, je rattrape un couple, plus âgé que moi et, tout naturellement on se salue et on entame la conversation.

- Vous venez de loin ?

- Ma foi, de Gardanne.

- De Gardanne ? Vous travaillez peut-être à l'Aluminium Péchiney ?

- En effet.

- Eh bien, je suis, M. Jouven, votre directeur.

Si mes copains m'avaient vu ! "

Dr Moulinier

 

Une autre fois, il vient de faire une course en haute montagne, au sommet de l'Aile froide orientale (3 848 m). En redescendant, il croise des personnes. L'une lui demande :

- Vous n'êtes pas M. Marin, de Simiane ?

- Et vous, vous êtes le Dr Moulinier ( Premier médecin installé à Simiane, aujourd'hui décédé [ A. B. ] )

- D'où vous venez comme cela ?

(Je lui explique.)

- Hou la la !

(Mais lui-même allait faire la traversée du Pelvoux, à un peu plus de 3 850 m, aussi dure. Je l'ai rencontré ensuite souvent là-haut).

A Simiane, Moulinier m'a sauvé la vie, un jour que j'avais pris plusieurs remèdes qui avaient agi en sens contraire.

Une dernière anecdote

" A Gardanne, avec mes parents, j'habitais boulevard Carnot. Tout près, il y avait l'hôtel de Provence où les officiers allemands venaient déjeuner. Moi, tous les jours, à midi, je m'exerçais au tambourin.

Un jour, je me suis mis en tête de jouer La Marseillaise, au grand dam du patron qui tremblait... Mais rien ne s'est produit. "

 

Henri Marin a conservé, bien entendu, la collection de ses belles affiches. Hélas, il lui en manque une, celle de 1994. Si l'un de nos lecteurs l'a conservée, nous nous permettons de suggérer qu'il lui ferait un immense plaisir en la lui offrant ! (1)

Installé avec Marie-Thérèse depuis longtemps aux Migraniers, passionné de musique, nous l'avons surpris en train de regarder un DVD de L'Enlèvement au sérail. Mais, s'il lui est aujourd'hui plus difficile de se déplacer, il conduit toujours et on peut le voir souvent au village, bien sûr, et, devinez où ? A Saint-Germain, sur le petit parking de la chapelle, dessinant et s'imprégnant du paysage du parc appartenant à la communauté de sainte Lioba, qui lui rappelle certains sites de Toscane !

Henri Marin, une vie passionnée, passionnante. Bonne et longue retraite, Henri !

André Segui
avec la collaboration d'André Beaumond

 

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1. Grâce à cette annonce, Henri Marin a reçu deux exemplaires de cette affiche. Il tient à remercier chaleureusement les personnes qui ont bien voulu les lui transmettre.

© Simiane Demain


Devant la crêche provençale avec, à l'arrière-plan, Alain Cayol, capoulié de La Garbo, mainteneur des traditions provençales, à la base, avec Colette, son épouse, de leur rénovation à Simiane à partir de 1983, notamment de la Saint Eloi.

Avec Jean Cayol, en "berger"

Aubades de la Saint Eloi.

Toujours pendant les aubades de la Saint Eloi, ici avec Colette Cayol

Infatigable baroudeur, amoureux de la montagne. En 1979, dans les gorges du Verdon, à gauche, et, ci-dessous, au dôme des Ecrins, 4 100 m, vu de la Roche Faurio (3 700 m)


L'une des œuvres d'Henri Marin : Le village des Baux

L'affiche de la dernière Saint Eloi



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